L’Est-Républicain : Michel Raison part en guerre contre l’uniformisation


«Ce n’est pas une question d’archaïsme», se défend le parlementaire haut-saônois UMP, « mais je pense qu’il est utile de se rattacher à ses racines, d’autant plus dans ce monde d’uniformisation et de banalisation». Soulignant au passage la dimension pédagogique de la chose. Qui n’a pas joué, en effet, à deviner le nom des départements se cachant derrière un numéro d’immatriculation sur la route des vacances ? «Voilà qui permet d’enrichir les connaissances de chacun, de faire un peu de géographie», insiste cet élu d’un département rural qui se bat pour son identité. «Peu sont déjà capables de localiser la Haute-Saône. Lorsque les numéros auront disparu, ce sera pire». Aux yeux de Michel Raison, le 70 (pour la Haute-Saône) relève du «repère de proximité». Un élément du patrimoine valable pour son département comme pour tous les autres.
A l’image des «77» en région parisienne, les «70» sont raillés en Franche-Comté et certains verraient plutôt d’un bon oeil la disparition de cette étiquette de «bouseux» collant à leur plaque de voiture dès lors qu’ils ont dépassé la frontière de leur département. «On n’a pas à se cacher, surtout pas parce que certains ont tendance à nous mépriser. « A nous de bonifier notre image». Pour autant, s’il milite pour conserver l’identité départementale sur les plaques minéralogiques, le député-maire de Luxeuil n’entrera pas dans la bataille visant à défendre le département dans ses limites administratives. Il se dit «plutôt d’accord» avec leur suppression.
Sébastien MICHAUX
Edition du Doubs / 4 juin 2008
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Au Moyen-Âge, les lépreux étaient obligés de signaler leur présence en agitant une crécelle. À la même époque, dans de nombreuses villes, les Juifs étaient tenus de porter un vêtement particulier, afin de permettre à toute personne qui les croisait de savoir à qui elle avait affaire. Plus près de nous, durant quelques années, les Juifs ont été contraints d’arborer sur leur poitrine une étoile jaune, afin que chacun pût connaître leurs origines. De nos jours, dans quelques pays arabes, les non-musulmans sont obligés de porter un vêtement particulier afin que chacun puisse différencier les dhimis des autres.
On pourrait croire que de telles pratiques ont disparu de nos contrées : qui aurait aujourd’hui l’idée d’obliger chacun à afficher sur ses vêtements sa religion, sa nationalité, son domicile ou son numéro de téléphone. De telles obligations seraient évidemment contraires à la liberté d’aller et de venir (article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme) et à la protection de la vie privée (article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ; article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme ; article 9 du code civil).
Seuls, en France, les automobilistes sont contraints d’arborer sur leur voiture le numéro de département de leur domicile. Ils peuvent cacher leur religion, leur nationalité, celle de leurs parents, leurs opinions politiques, leur numéro de téléphone, etc. ; ils ne peuvent cacher le département dans lequel ils habitent.
Une telle obligation est évidemment tout aussi contraire à la liberté d’aller et de venir, à celle d’installation ou à la protection de la vie privée, qu’une règle qui entraînerait la même obligation pour les piétons ou qui obligerait les automobilistes à indiquer sur leur plaque d’immatriculation leur religion ou le parti pour lequel ils votent.
À compter du 1er janvier 2009, cette obligation est supprimée : chacun sera libre désormais de ne plus avoir indiqué sur sa plaque d’immatriculation le département de son domicile. Chacun pourra désormais circuler partout en France, sans risquer de se faire insulter à cause de ses origines départementales. Chacun pourra se garer sur l’aire d’autoroute de son choix ou s’arrêter au péage sans risquer de se faire agresser par des « supporters » de l’équipe de football « ennemie », ainsi que cela est arrivé récemment sur l’A7 au péage de Lançon à des automobilistes immatriculés « 13 » (et qui n’étaient sans doute pas tous supporters de l’OM), agressés par des « supporters » du PSG. Chacun pourra, lorsqu’il sera en déplacement, garer sa voiture sans se dire : « Ça se voit à ma plaque que je suis un touriste ; si je me gare ici, ne risques-je pas de me faire forcer mon coffre ? » Chacun pourra garer sa voiture où il le voudra, sans risquer de la retrouver les pneus crevés ou la carrosserie rayée, uniquement à cause des deux derniers chiffres de son numéro d’immatriculation.
En toute logique, tout le monde devrait se réjouir de cette réforme. Et ce d’autant plus que chacun sera libre de faire ce qu’il voudra : ceux qui veulent continuer d’arborer leur numéro de département pourront continuer à le faire. De plus, ils ne seront pas obligés de mettre leur département de domicile : ils pourront mettre celui de leur naissance, celui dont est originaire leur famille, celui dans lequel ils passent habituellement leurs vacances, etc. Et bien, non ! certains sont mécontents : sous prétexte que, eux, veulent continuer de mettre le numéro de leur département de domicile sur leur plaque, ils veulent obliger les autres à continuer de le faire.
Premier motif invoqué : l’identité ! Si on nous supprime nos numéros, nous perdons notre identité.
Libre à chacun de mettre son « identité » bien en-dessous de son cul ; et libre aux autres de placer leur « identité » plus haut que leur cul, et donc beaucoup plus haut que leur plaque d’immatriculation. Pourquoi vouloir niveler par le bas ?
Deuxième motif invoqué : ça permet de connaître les origines des automobilistes qu’on croise !
Primo, cela est faux : entre les voitures de location, les voitures de fonction, les voitures d’occasion n’ayant pas encore changé d’immatriculation et celles prêtées à un copain ou un parent, cela fait des milliers et des milliers d’automobilistes qui roulent dans des voitures immatriculées dans un autre département que celui de leur domicile.
Secondo, ce motif est justement une excellente raison de supprimer l’obligation d’avoir son numéro de département. Rien n’oblige un automobiliste à afficher ses origines religieuses, ethniques, nationales… ; rien n’oblige un piéton à afficher ses origines départementales. Seuls les automobilistes sont obligés d’afficher ces origines. La liberté d’aller et de venir, c’est le droit pour chaque citoyen d’aller où il veut, quand il le veut, sans que personne ne sache où il est allé, ni d’où il vient. L’obligation d’avoir son numéro de département inscrit sur sa voiture est donc une violation de la liberté d’aller et de venir. La protection de la vie privée est, entre autres choses, le droit pour chacun de cacher sa religion, sa nationalité, ses origines ethniques ou nationales, et aussi ses origines départementales. L’obligation d’avoir son numéro de département de domicile inscrit sur sa voiture est donc une violation du droit à la vie privée.
Troisième motif : ce serait une question de sécurité ; les automobilistes seraient plus prudents quand ils suivent une voiture immatriculée à l’extérieur car, son conducteur ne connaissant pas la route, il est susceptible de freiner n’importe quand, de tourner brusquement sans mettre son clignotant, etc.
Ma voiture est immatriculée 13. Je ne vais que très rarement à Marseille, presque toujours au même endroit, toujours par le même chemin. Quand par hasard je vais à Marseille ailleurs qu’à l’endroit habituel, je suis donc aussi perdu que n’importe quel touriste : ceux qui me suivent en se disant : « c’est un 13, il est d’ici », ont donc tout faux.
Par contre, mon village très touristique du nord des Bouches-du-Rhône est rempli de « 75 », de « 92 », de « 78 », mais également de « CH », de « NL », de « B » ou de « D » qui y ont des résidences secondaires depuis vingt ou trente ans, qui se promènent depuis ce temps dans tous les villages alentours, par toutes les petites routes. Ceux qui les suivent en se disant « c’est un 75 (ou un 78, ou un CH ou un D), attention, il n’est pas d’ici, il ne connaît pas la route » ont eux aussi tout faux. Et bien évidemment, un Marseillais qui se rend dans mon village pour la première fois de sa vie est tout autant un touriste qui ne connaît pas la route que le Parisien ou le Belge qui lui aussi vient la première fois.
Les Bouches-du-Rhône (et non le 13, je préfère désigner mon département par son nom plutôt que par son numéro) ne sont bien sûr pas une exception : combien de 67 qui ne vont quasiment jamais à Strasbourg, de 29 qui ne mettent pas un pied à Brest, ou de 30 plus souvent à Montpellier ou Avignon qu’à Nîmes ?
Bien évidemment, la plus élémentaire prudence recommande de toujours faire attention à l’automobiliste qui vous précède, ce quelle que soit son immatriculation. Ceux qui disent être plus prudents quand ils suivent celui qu’ils croient être un « étranger » sont en réalité encore plus imprudents quand ils suivent celui qu’ils croient être un « local ». Ces gens sont donc purement et simplement des chauffards. Faut-il garder un numéro de département afin de permettre aux chauffards de continuer d’exercer leurs méfaits ?
J’ajoute que, considérer que tous les automobilistes immatriculés à l’extérieur du département ont une conduite dangereuse est de la xénophobie ; et qu’appeler chacun à se méfier des automobilistes immatriculés à l’extérieur du département et à adopter à leur égard un comportement différent de celui qu l’on aurait avec un « local », en les accusant de tous les maux, est un délit.
Quatrième motif, toujours de sécurité : la surveillance des plaques « étrangères » permettrait dans les département ruraux, de résoudre nombre d’affaires criminelles.
Ainsi donc, quand un « étranger » se rend en Lozère ou dans le Cantal, tous les habitants du coin le surveillent depuis derrière les rideaux : « le 13 et le 06, sûr que ce sont des maffiosi ; et le 08, ça doit être un complice de Fourniret ; vous avez vu le 62, c’est forcément un pédophile, surveillez vos enfants ; et le 2A, il a certainement une bombe dans son coffre ; et le 75, c’est un parigot ; attention, un 9-3, il va mettre le feu à nos voitures ».
Il est douteux qu’une telle surveillance, à supposer qu’elle existe, puisse permettre de résoudre des affaires criminelles : les maffiosi, serial killers et autres poseurs de bombes n’étant pas plus crétins que les autres, ils savent qu’il est préférable de mettre des fausses plaques du département où ils circulent ou d’un département proche. Et bien évidemment, cette présomption de culpabilité (y compris pour des crimes pas encore commis !) affirmée par les « numérotistes » est en contradiction avec la présomption d’innocence (article 9 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 ; article 11 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ; article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme). Le seul fait que les « numérotistes » invoquent cette présomption de culpabilité pour justifier l’obligation du numéro, justifie donc la suppression de ce numéro.
Quatrième motif : le fameux « jeu des départements ». Quand nous étions gamins, apprendre la géographie grâce aux plaques d’immatriculations était, paraît-il, notre jeu favori sur la route des vacances. Plaignons nos enfants qui ne pourront plus savoir que 14, c’est le Calvados, 35 l’Ille-et-Vilaine, 63 le Puy-de-Dôme, etc.
Je ne me rappelle pas avoir joué au « jeu des départements », mais peut-être suis-je une exception. Par contre, dans la 403 (puis 404) paternelle, avec mes frères nous nous mettions à genoux sur la banquette et regardions en arrière pour faire des signes aux automobilistes qui nous suivaient. Ou bien assis complètement en avant de la banquette et appuyés sur le dossier des sièges avant, nous pouvions pleinement profiter du paysage vers lequel nous nous dirigions. Nous n’étions bien évidemment pas gênés par les appuie-tête, inexistants à l’époque. Combien d’enfants ont fait comme nous ? Interdisons les ceintures de sécurité à l’arrière, les sièges-enfants et les appuie-tête, afin que nos enfants puissent admirer les paysages de notre belle France avec autant de commodité que nous quand nous avions leur âge !
Au passage, plaignons les petits Espagnols, les petits Italiens, les petits Britanniques, les petits Néerlandais, les petits Belges et les petits Suédois qui ne peuvent pas jouer au jeu des départements, l’immatriculation dans leurs pays étant nationale. Comme ils doivent s’ennuyer, les malheureux enfants ! Quand aux petits Allemands… Chez eux, l’immatriculation se fait au niveau du landkreisse. Il y en a environ 500. Ce sont donc 500 landkreisse que ces malheureux gamins doivent apprendre !
À moins évidemment, que les petits Espagnols, les petits Italiens, les petits Britanniques, les petits Néerlandais, les petits Belges, les petits Suédois et les petits Allemands fassent comme les petits Français d’aujourd’hui : qu’ils jouent à la Game boy ou regardent des vidéos.
Je rappelle d’autre part que sur les nouvelles plaques, les numéros de département ne seront pas interdits : ils seront facultatifs. Tout permet de penser que nombreux seront ceux qui mettront leur numéro : en gros les deux tiers selon les sondages que vous citez. À supposer qu’il se trouve encore des enfants pour jouer au « jeu des départements », deux voitures sur trois, cela sera largement suffisant !
Tordons enfin le cou à quelques âneries :
- La nouvelle immatriculation n’a strictement rien avoir avec l’Europe ; ça n’est pas imposé par l’Europe, ça n’est pas décidé par l’Europe, ce n’est pas Européen. C’est 100% Franco-français, cocorico !
- Au 1er janvier 2009, vous ne serez pas obligés de payer une nouvelle plaque : seules les voitures neuves auront la nouvelle immatriculation ; les voitures anciennes la garderont tant qu’elles ne changeront pas de propriétaire, ou tant que leur propriétaire ne changera pas de département de domicile. Autrement dit, votre voiture actuelle n’aura les nouvelles plaques que dans les cas où, avec l’actuelle réglementation, elle devait de toute façon en avoir de nouvelles.
- Ça n’a pas été décidé hier par un quelconque technocrate, tout seul dans son petit bureau. Le projet de réforme remonte au début des années 2000 ; il a été mis au point avec la collaboration des représentants des professionnels de l’automobile. (Comité des Constructeurs Français d’Automobiles, Conseil National des Professions de l’automobile, Chambre Syndicale des Importateurs d’Automobiles et de Motocycles et d’autres. Voir sur le site du ministère de l’Intérieur.) La décision définitive a été prise en 2003 et publiée par divers quotidiens (notamment Ouest-France) ; depuis 2003, elle n’a été modifiée que sur quelques points de détail. On sait donc depuis 2003 en quoi consistera la nouvelle immatriculation.
- La réforme est déjà entrée en vigueur : depuis le 1er janvier 2006, les cyclomoteurs sont immatriculés ; ils utilisent déjà le nouveau système. Elle devait entrer en vigueur pour les voitures, les motos et les camions au 1er janvier 2008 (oui, vous avez bien lu, 2008) ; pour des raisons techniques, il a été décidé au cours de l’été 2007 de la repousser au 1er janvier 2009. Et quelques député se réveillent seulement en mars 2008, plus de deux ans après son entrée en vigueur, quelques mois avant sa généralisation et alors que tout est prêt pour cette généralisation !!!
Enfin, je rappelle que, contrairement à ce qu’essaient de faire croire certains, le numéro de département ne disparaîtra pas : chacun sera libre de faire ce qu’il voudra. Celui qui ne voudra pas de numéro de département sera libre de ne pas en mettre ; celui qui voudra en mettre un sera libre de mettre celui qu’il voudra : celui de son domicile, celui de sa naissance, celui dans lequel il passe habituellement ses vacances….
Vive la Liberté !
Réponse à M.Avril
Allons plus loin.Que les petit blancs se fassent bronzer que diable, que les africains sub-saharien se passent à l’eau de javel, supprimons les drapeaux, les hymnes nationaux, les langues diverses et variées, les cultures, les civilisations, l’enseignement de l’histoire (pardon c’est déja faif) qui sont des barriéres entres les peuples. Depuis le temps qu’on le dit que “tout-ça-c’a-fait-des-guerres”.hein !!!
En tout cas il y en a qui ne craignent pas d’afficher leur vacuité intélectuelle.
Salutations
VR