Le Monde du 23 mai 2008 : l’opinion de Vincent Huet, journaliste indépendant
L’opinion de Vincent Huet, journaliste indépendant
Non contents de n’avoir rien fait sur l’essentiel et depuis tant d’années, nos technocrates ont pris l’habitude de se rattraper sur le superflu. Dernier exemple ? La refonte imminente, mais, espérons-le, pas inéluctable, de nos bonnes vieilles plaques minéralogiques.
Force est de constater que les plaques d’immatriculation de nos véhicules ne répondaient plus aux critères de convergence du savoir-vivre tels qu’ils sont édictés à Paris ou Bruxelles. Pensez-vous ! Permettre au quidam de reconnaître, d’un simple coup d’oeil, le département d’immatriculation de tout véhicule, d’identifier de loin la voiture d’un ami de passage ou de se méfier d’un conducteur qui ne connaîtrait pas la région alors que, comme chacun sait, le monde mondialisé est à tout le monde… quelle balourdise !
Heureusement, nos technocrates nous ont mijoté en douce une toute nouvelle plaque minéralogique à la sauce du progrès. Elle présentera dorénavant, pour notre plus grand bien, une succession de chiffres et de lettres attribuée au niveau national, sans aucun signe distinctif d’un département, d’une ville ou d’une quelconque région. Un numéro de série qui n’évoquera plus qu’un univers insondable de paperasses obscures et de fichiers barbares. L’aléa mathématico-administratif enfin reconnu à sa juste valeur en lieu et place de la représentation d’un territoire.
Précision : si le propriétaire du véhicule le désire, l’administration lui permettra, suprême tartufferie, d’ajouter sur sa plaque, à la suite de son numéro de série mais en plus petit, le numéro de département de son choix (!), voire tout autre macaron à connotation vaguement géographique. Quelque chose du genre “Toulousain malin”, “Bienvenue chez les Ch’tis” ou “Fier d’être Marseillais”. Rien que de très conforme à la veine folklorico-touristique qui, dans cette époque où le ridicule ne tue plus, semble devoir faire office d’aménagement du territoire.
Qu’est-ce qui motive les hommes et les femmes, car il y en a forcément, à l’origine de ce fumeux projet ? Quel grand dessein anime ces cerveaux ? De quel bois révolutionnaire se chauffent-ils ? Sont-ils insensibles au point de ne pas comprendre que, sur une aire d’autoroute normande, dans un village des Vosges et même place de l’Etoile, la vision d’une Clio blanche immatriculée 75 ne procure pas exactement le même effet que la vision d’une Clio blanche immatriculée 74, toutes options du véhicule étant égales par ailleurs ? Comme une manière quotidienne et plaisante, pour le petit peuple, d’appréhender le réel, de ne pas se noyer dans le tourbillon sans âme d’un monde anonyme.
Jusque-là , en matière de bagnole, chacun avait à peu près saisi le discours : les phares blancs, c’était pour mieux y voir ; les plaques jaunes et blanches, pour mieux être vu. Mais là , avec ces plaques fantomatiques, pas l’ombre du début d’un argument… Etait-ce trop simple d’ajouter une quatrième lettre là où trois ne suffisaient plus ? Si difficile, pour une fois, de ne rien réformer du tout ?
Face à cette stupéfiante décision, une seule explication paraît tangible : permettre enfin à nos talentueux décideurs de ne plus avoir à arborer un rictus emprunté quand, au volant de leurs berlines estampillées 92, 78 ou 75, les beaux jours revenus, ils arpentent en famille les chemins du Lubéron, du Lot, de Bretagne, de Corse… Mais s’ils ne sont pas l’aise avec la France telle qu’elle est, riche en provinces et jalouse de ses charmes, proposons-leur une alternative bien plus radicale : partir en avion, et gagner la clémence de tropiques sans histoire. Ou bien, qu’ils restent en France et qu’ils se mettent au vélo. Mais au moins, qu’ils nous laissent nos plaques !
Vincent Huet, journaliste indépendantArticle paru dans l’édition du 23.05.08.
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M. Vincent Huet, n’est ce pas vous qui êtes désuet ?
Vous faites allusions au voitures immatriculé 92, 78, ….. mais les provinciaux savent bien que bon nombre ce ces véhicules sont conduite par des cadres jeunes et dynamique ou commercial bien content de vivre en province et qui utilise une voiture de société dont le siège est dans 92, 78……
Vous parlez de pouvoir identifier les gens qui ne connaisse pas région mais ne serait ce pas pour au contraire les insulter…….
Je vis en province, j’ai changé plusieurs fois de province donc de département y compris pendant 4 ans le 78. Et j’ai donc fais l’expérience de rouler avec une plaque parisienne en province. D’ailleurs lors de mon installation dans le Rhône alpes avant que je ré-immatricule mon véhicule j’ai encore subit les agressions des « provinciaux » à mon égard. Mais du jour ou ma voiture est passée en immatriculation RA je suis devenu inaperçu…..
L’ironie est que pour raison professionnel j’ai utilisé pour raison professionnel cette même voiture en région parisienne quelque mois plus tard. Et là avec ma vielle Citroën immatriculé « province » j’ai subit des agressions physique (queue de poisson etc.…) Or je connaissais parfaitement ce territoire pour y avoir fait du secours d’urgence…… Il était donc difficile de m’accuser de ne pas connaître la région et les « conditions » de conduite.
Et votre débat province Paris est dépassé. Je vais vous raconté une histoire. : Je connais un bordelais qui à vécu 3 ans en Isère. Son cÅ“ur est resté dans le 33. Et maintenant qu’il y est retourné il est heureux.
Dans votre solution cette personne serait obligée de porté le numéro 38 sur son véhicule immatriculé en Isère alors qu’il habite maintenant Bordeaux et que son cÅ“ur est à Bordeaux. !!!!!!
Que des gens soit attaché à une région ou un département je le comprends mais imposé à des habitants d’un département de porter le numéro de ce département me parait vraiment dépassé. D’ailleurs comme nous pourrons identifier facultativement cette partie de plaque, cela permettra au breton ou au « 64 » de faire mention officiellement sur leur plaque leur région de cœur même si ils habitent en région parisienne ou ailleurs.
Par contre cela fera surement apparaître que nos « talentueux décideur » avec « leur grosses berlines » qui arpentent en famille les chemins du Lubéron, du Lot, de Bretagne, de Corse… sont en fait des gens attaché la région qu’ils traversent et que si il sont répréhensible sur leur façon de conduire s’est peut être parce que ce sont des provinciaux qui ont la grosse tête d’être monté à Paris……
Mais là ce sera difficile pour vous de critiquer les parisiens.
Les numéros de département, correspondant au département de résidence principale doivent continuer à figurer de manière visible sur les palques d’immatriculation. Et ce pour des raisons de sécurité publique diverses…
N’en déplaise aux détracteurs de cette signalisation départementale, les départements ont en outre une grande utilité publique (échelon administratif incontournable aujour’hui).
Ces départements sont aussi identitaires de notre république française; qu’ils figurent de manière lisible et obligatoire sur les plaques automobiles!!
Ah!.. géographie, histoire, culture, terroir quand vous nous tenez de manière salvatrice…
Luc (département 25 (Doubs), natif du département 02 (Aisne))
Qu’est-ce qui motive les hommes et les femmes, car il y en a forcément, à l’origine de ce fumeux projet ?
Je viens de trouver la réponse par hasard.
« L’intercommunalité est liée au Traité de Maastricht. Je vous explique pourquoi : on supprime les communes. On crée des intercommunalités de plus en plus grandes, qui débordent sur les frontières des départements, ce qui veut dire qu’on va les supprimer. Et à la fin, on va aux régions. Or l’une des bases du Traité de Maastricht est de dire que les pays doivent disparaître en tant qu’identité, pour devenir d’immenses régions fédérées. Donc pour arriver à ces régions fédérées, il faut faire disparaître les derniers remparts de résistance que sont les communes. Tout est lié. »
15 Janvier 2007
http://www.marianne2.fr/