Le Dauphiné Libéré : la chronique de Bruno Frappat : à côté de la plaque …
LA CHRONIQUE DE BRUNO FRAPPAT
À côté de la plaque…
par La Rédaction du DL | le 25/05/08 à 07h27
Touche pas à nos plaques ! Voilà enfin un slogan qui rassemble la gauche et la droite. Pas de clivages politiques quand il s’agit de cette révolte souriante qui s’est traduite, la semaine dernière, à l’Assemblée nationale, par une manifestation commune de députés de toutes provenances (géographiques… et politiques) brandissant des plaques minéralogiques où ils avaient fait graver leur nom et le numéro de leur département.
L’idée de supprimer, sur ces plaques si familières, le numéro des départements est venue on ne sait plus trop quand, ni dans quel esprit technocratique afin, dit-on, d’assurer une meilleure sécurité, puisqu’un numéro définitif sera affecté à chaque véhicule. Ce numéro le ” suivra ” tout au long de sa carrière de métal… En principe, la réforme entre en application le 1er janvier prochain.
Partageant l’ire des parlementaires en question (et des trois-quarts des Français, si l’on en croit un sondage) on se perd en perplexité face à la nécessité de ces réformes qui (comme les changements d’heure…) compliquent la vie au lieu de la faciliter. Et surtout, en l’occurrence, qui détruisent de ces petits outils symboliques du “vivre ensemble” qui ne va pas sans des manifestations d’”identité” qui ne font de tort à personne. Qui n’a joué, en voiture, durant les vacances, lors de trajets toujours interminables, au petit concours des départements ? Qui n’a jamais entendu jaillir dans l’habitacle les cris triomphants des enfants décryptant un numéro ? Qui n’a jamais été tenté de saluer, d’un coup de klaxon complice, des “pays” ?
Les plus âgés se souviennent du temps où, à l’école primaire, la liste des chefs-lieux de départements (et des sous-préfectures !) était une discipline très sérieusement enseignée avec récitations de longues listes. Bien sûr, il y a beaucoup de nostalgie en ces affaires mais le triomphe du film “Bienvenue chez les Ch’tis” démontre, s’il en était besoin, que les Français ont besoin de ces repères “identitaires”, même superficiels. Une forme de raison impose peut-être cette réforme, mais une passion sourde la rend intempestive et, pour tout dire, stupide.
Il ne faut pas trop jouer avec les outils de la nostalgie. Il ne faut pas trop brouiller les quelques repères qui balisent encore cet imaginaire français qui a tant de mal, par les temps qui galopent, à se retrouver dans les effets massifs de la mondialisation. Clochers, écoles, bureaux de postes, plaques minéralogiques : tout ce qui dure rassure. Alors, longue vie aux numéros de “nos” départements !
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Bruno Frappat est journaliste, président du Directoire de Bayard-Presse
Paru dans l’édition 38H du 25/05/2008
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