Depuis Québec : Jamais sans mon département fait la une

Le mardi 10 juin 2008

Jamais sans mon département!

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Un commerçant, vendeur de plaques d’immatriculation, montre un nouveau modèle sans numéro de département devant la préfecture d’Arras dans le nord de la France. Le conseil général du Pas-de-Calais y a lancé une campagne pour le maintien des numéros de département sur les plaques, intitulée «62 c’est nous».

Photo Denis Charlet, AFP

La Presse

Paris

Le gouvernement français s’attendait à faire des vagues avec ses réformes. Mais pas au point d’imaginer qu’il pourrait déclencher une «guerre» en revoyant… la numérotation des plaques d’immatriculation.

La fronde transcende les clivages politiques usuels puisque des élus de plusieurs partis ont décidé d’unir leurs voix pour faire reculer le ministère de l’Intérieur.

Depuis 50 ans, les deux derniers chiffres des plaques renvoient au numéro du département où vit le propriétaire du véhicule, permettant aux automobilistes et aux piétons de savoir d’où il provient. Ainsi, 06 réfère aux Alpes-Maritimes et 2A, à la Corse-du-Sud. Dans le nouveau système, qui s’appliquera à compter du 1er janvier 2009, ces chiffres disparaîtront au profit d’une série de chiffres et de lettres sans référence géographique.

Le député Richard Mallié, à l’origine du mouvement de contestation, juge que la réforme du système de gestion des plaques d’immatriculation est «nécessaire». L’abolition du numéro de département reviendrait cependant à faire disparaître une «marque d’appartenance à un territoire, un terroir, une identité», fustige-t-il.

Le numéro permet aux automobilistes d’une même région de se reconnaître lorsqu’ils circulent dans le pays ou à l’étranger, fait valoir le député. Autre avantage : la présence sur la route d’une voiture provenant d’une autre région inciterait les automobilistes qui le suivent à plus de prudence. Dans les régions rurales, les plaques existantes permettraient enfin de repérer la présence d’étrangers, facilitant parfois la tâche des autorités en cas de délit.

«C’est beaucoup dans l’affectif, mais aussi dans la sécurité», résumait récemment M. Mallié, qui a rallié à sa cause 170 députés disant avoir à cœur «leur département, leurs racines, leur terroir».

Plusieurs d’entre eux ont protesté devant l’Assemblée nationale en mai avec des plaques portant leur nom et leur numéro de département. L’événement a été organisé par un spécialiste en communications, Marc Teyssier d’Orfeuil, qui a décidé de soutenir le mouvement en lançant un journal ainsi qu’un site internet baptisé «Jamais sans mon département».

Plusieurs citoyens outrés y témoignent. «Encore une fois, le gouvernement marche sur la tête. À l’heure où les Français ont besoin de repères identitaires, un bureaucrate de je ne sais où a pondu un texte débile. Mais sur quel nuage vivons-nous ?» demande «Stéphane».

Une femme relate que ses parents lui ont appris la géographie du pays en jouant avec les numéros de plaques, l’aidant au passage à surmonter sa peur de la voiture.

«Les gens ont l’impression que l’on cherche à leur enlever une part de leur vie, une part de leur histoire de famille», souligne M. Teyssier d’Orfeuil, qui parle d’une réforme «technocratique» inutile.

Selon un récent sondage, sept Français sur dix sont opposés au retrait du numéro département des plaques d’immatriculation. Environ 20 % se disent indifférents. Et 7 % relèvent que la réforme permettrait d’éviter que les automobilistes de certains départements soient pris à partie.

Les résidants de Paris, identifiables par le numéro «75», font souvent l’objet de quolibets lorsqu’ils circulent en région. «Toutes les fois où ça m’est arrivé, j’étais très fier. C’est normal qu’on se bouscule un peu. En France, vous savez, qui aime bien châtie bien», souligne M. Teyssier d’Orfeuil.

Désireux de couper court aux protestations, le ministère de l’Intérieur a souligné la semaine dernière que les automobilistes pourront faire inscrire le numéro du département sur leur plaque s’ils le désirent. Un espace a été prévu à cette fin à coté du numéro d’immatriculation officiel mais les opposants au projet souligne qu’il est trop petit pour que les caractères soient lisibles.

Claude Weill, journaliste du Nouvel Observateur, écrivait récemment qu’il faut avoir un «ordinateur à la place du cerveau» pour ne pas comprendre ce qui s’exprime à travers la polémique.

Les numéros de département, résume-t-il, font partie du «paysage mental des Français», de leur «patrimoine culturel», et permettent d’éviter qu’ils se sentent réduits «à un numéro de matricule».

«Des immatriculations sans département. Je vous demande un peu… Et pourquoi pas des 14 Juillet sans bal des pompiers, des camemberts sans lait cru, des mois de mai sans manif ?» souligne M. Weill en relevant avec ironie que seul un technocrate du 75 pouvait concevoir un tel projet.

Commentaires

  • Fred dit :

    j’ai trouvé un site qui vend également des autocollants pour afficher les départements. Tous les départements sont disponibles, pas que le 62 pour ceux que ça intéresse. J’ai pas de voiture mais j’en ai acheté un “18″ pour mettre sur mon ordinateur au bureau !!

  • boeuf maurice dit :

    pas touche au numero de département , c’est culturel en France,ça occupe les familles en voiture et ça peut etre utile en cas de témoignage pour un accident ou un délit et puis le cas échéant l’ancienne numérotation peut elle aussi etre à vie. Assez de betise comme ça.-

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